La part humanitaire du 4L Trophy

 

Bilan Enfants du désert 4L Trophy 2017

A lire sur le site de l’association, extraits en dessous.

Le tri et l’inventaire du matériel est en cours sur le terrain. Ce matériel sera ensuite remis aux enfants à travers les établissements scolaires (garderie, écoles, collèges et même lycées). En tout, ce seront près de 20 000 enfants qui vont bénéficier d’une aide matérielle grâce aux trophystes !

  • 22 fauteuils roulants, de nombreuses paires de béquilles, des atèles, des déambulateurs
  • un électrocardiogramme, 10 oxymètres, 15 pompes de nutrition (don de la Croix Rouge) et du matériel médical spécifique
  • des pansements, désinfectants, compresses et seringues
  • 17 ordinateurs portables et 9 ordinateurs fixes, 4 imprimantes
  • Merci à la team Mes ampoules gratuites qui nous ont remis un don incroyable de 3450 ampoules à basse consommation. Bon nombre de familles du désert vont pouvoir réduire leur consommation en énergie, bravo !
  • 42 900 € ont été donnés par les trophystes ! Une somme incroyable. Jamais dans l’histoire d’Enfants du désert et du Raid 4L Trophy une telle somme avait été remise par les trophystes.
  • 5 écoles qui vont voir le jour dans le désert marocain dont une particulière qui nous tenait vraiment à cœur et que nous n’avions pas pu réaliser jusqu’à aujourd’hui. En effet, une école à Rissani pour les enfants en situation de handicap va pouvoir voir le jour et elle sera également équipée de mobilier adapté aux enfants. Un pas de plus dans notre combat pour l’éducation pour tous. Nous n’avons pas trouvé les mots pour remercier les trophystes pour ce nouveau projet dans lequel nous pouvons nous engager grâce à eux…
  • 35 000€ de la part d’Amixem et SuperKonar

Une vidéo sur la gestion des dons a été mise en ligne le 7 avril 2017 :

Le terme humanitaire

En fait le terme humanitaire peut être interprété comme toute action visant a améliorer la condition humaine à l’image de la définition que l’on peut trouver dans les dictionnaires Larousse : Qui s’intéresse au bien de l’humanité, qui cherche à améliorer la condition de l’homme.

Mais ce terme est définit plus précisément par l’administration française, notamment pour les associations d’intérêt général faisant appel aux dons ouvrant droit à une déduction fiscale :

Présentent un caractère humanitaire les organismes dont l’activité consiste à secourir les personnes qui se trouvent en situation de détresse et de misère, en leur venant en aide pour leurs besoins indispensables et en favorisant leur insertion et leur promotion sociales. source

Désertours, l’organisateur, est une entreprise à but lucratif, la partie qui peut entrer dans le cadre de cette définition est opérée par l’association “Enfants du désert” qui est elle, sans but lucratif et doit être reconnue d’intérêt général car elle propose des déductions fiscales sur les dons perçus mais qui n’organise pas le raid. Les statuts de l’association n’étant pas disponible sur leur site j’ajouterais des précisions ici si je les obtiens.

Du coup, toute la communication officielle est basée sur le terme solidaire qui est lui beaucoup plus libre d’utilisation.

Malheureusement, la différence n’est pas toujours perçue et lorsque l’organisation présente l’aspect solidaire comme ADN du raid, il ne faut pas y voir seulement l’aide apportée aux marocains mais aussi la communion des équipages entre-eux. Nous constaterons en fin d’article que l’aide financière apportée pour la construction des écoles est moindre que le montant de la soirée de clôture par exemple (par rapport au prix public de vente annoncé).

Je trouve regrettable de présenter comme prioritaire l’aspect solidaire pour solliciter des aides financières ou se créer une image positive sans que cela soit suivit dans les faits. Cette confusion est largement véhiculée par les médias et les participants qui associent facilement le terme humanitaire à leur participation au raid.

Je reviens déçu de mon expérience du 4L Trophy en raison de cet écart entre le projet annoncé et ce que j’ai pu constater lors de mon aventure. Cela n’est pas lié aux actions de l’association “Enfants du désert” qui oeuvre tout au long de l’année sur place même si leur complaisance et satisfaction à propos de la situation actuelle avec Désertours me surprend et également parce que j’avais imaginé en apprendre plus que ce que j’ai pu voir lors de la journée ambassadeurs.

 Un apport à la hauteur de l’événement ?

 

L’apport de matériel

Il semblerait que le matériel que nous amenons au Maroc ne soit pas introuvable là-bas et celui-ci arrive plusieurs mois après la rentrée scolaire. Papeteries et vendeurs locaux pourraient éventuellement eux aussi bénéficier du raid pour vendre des fournitures. Les demandes de matériel à acheminer ont évoluées depuis la collaboration de l’association avec le raid, d’une base quantitative (50 kilos de matériel par voiture) à des objectifs plus qualitatifs (un ou deux cartables et fournitures utiles détaillées dans un dossier, un ou deux sacs de sports avec matériel neuf ou en parfait état).

Je ne me suis pas sentit très à l’aise avec les montagnes de dons empilés sur le bivouac à Merzouga. Je ne me retrouve pas dans cette forme de solidarité et ce raid aura été l’occasion de confirmer mon point de vue sur ce côté là. L’impression laissée auprès des locaux ne me satisfait pas et bien qu’un apport de matériel me parait tout à fait bienveillant, lorsque cet apport a lieu dans de telles proportions et tous les ans cela remet en question les perspectives de sorties de la dépendance du don.

Dons-4Ltrophy2017-Merzouga

Je regrette de ne pas être arrivé plus tôt sur le bivouac pour participer aux activités proposées avec les enfants. Notre numéro d’équipage nous a fait partir dans les derniers le matin, j’avais bien demandé la veille s’il n’était pas possible de partir plus tôt vu que l’association nous avez sollicité en tant qu’ambassadeurs pour contribuer à l’animation avec les enfants sur le bivouac de Merzouga. Malheureusement j’ai eu une réponse négative et nous constaterons plus tard, malgré tout, que beaucoup ne tenait pas compte du tout des horaires prévus. Une grande file d’attente et nos premiers ensablements nous ont également fait perdre du temps mais nous n’avons pas traîné pour autant.

Attention donc à votre parcours si vous souhaitez prendre part aux activités avec les enfants !

Lors des rares moments où nous avons pu échanger avec des habitants de la région de Merzouga, ceux-ci n’avaient eu aucun retour de l’apport de matériel fait par les participants et remettaient en cause l’intégrité des bénéficiaires. De nombreux enfants viennent observer le défilé de 4L le long de la route ou des pistes et tous viennent demander un stylo et des bonbons. Enfin lors de la journée de remise des dons, cela s’apparente plus au déchargement à la chaîne qu’à un échange chaleureux. Nous avons été vivement encouragés par l’organisation du raid à faire vite d’un côté alors qu’une autre membre venait nous voir pour mettre en contact Sofi avec une équipe de tournage d’une télé argentine ! Plusieurs heures après le déchargement, alors que le JT du soir venait d’être diffusé et que nous étions invités à aller manger, plusieurs tas de fournitures étaient encore sur place où seuls quelques locaux s’afféraient à les charger sur deux fourgons. Aucun échange avec eux n’est encouragé et l’esprit de solidarité du Trophy tant mis en avant m’est soudain apparut un peu lointain. Sur le côté logistique je comprend qu’il est impossible de faire participer tous les inscrits au chargement des dons mais un juste milieu entre le tout ou rien me paraît envisageable.

4LTrophy-Bivouac-Merzouga-Parquage

Je ne remets pas en cause la redistribution des dons faite par l’association “Enfants du désert” avec l’aide d’associations locales mais je constate que l’utilité de leurs actions n’est pas connue ou correctement perçue par les locaux à proximité. De même, je suis resté sur ma faim quant aux possibilités d’interactions avec les habitants de la région de Merzouga. Je n’imaginais pas être parqué dans une grande zone comme ce fut le cas. Nous n’avons pas eu la possibilité de visiter les villes ou villages traversés tant il nous a été répété que les délais étaient serrés et qu’il ne fallait pas traîner.

Charger dans sa voiture deux sacs de matériel qui seront déposé sur une montagne de don est loin d’une action humanitaire pour moi. Je regrette que ce terme soit si souvent employé par les équipages qui profitent de cette action pour solliciter des dons. Heureusement, de nombreux équipages ne se contentent pas de cette action et postulent auprès de l’association pour participer à une journée particulière. Si l’on est sélectionné, on devient “ambassadeurs” de l’association « Enfants du désert ».

La journée ambassadeurs

Cette journée a lieu en parallèle du raid (ce qui, malheureusement, exclu du classement tous les participants à ces journées), dans un village de la région. Il s’agit d’aller à la rencontre des enfants scolarisés dans une des écoles qui a pu être construite avec l’aide de l’association. Cette année, cette possibilité était offerte à 40 équipages soit 80 personnes seulement sur 2900 participants. Une journée auprès des enfants cela demeure assez bref mais c’est déjà beaucoup plus significatif pour nous que le peu de temps passé avec les enfants lors de la remises des dons.

Cette journée est une vraie parenthèse à l’intérieur du raid. C’est l’occasion de s’isoler du reste des participants car les ambassadeurs sont divisés en 4 groupes de 10 voitures soit 20 participants. Avec notre groupe nous avons participé à l’inauguration de deux salles de classes dans deux villages (ou plutôt Ksar si j’ai bien compris) proches de la ville de Rissani (maintenant Moulay Ali Chérif مولاي عالي الشريف).

J’avais de grandes expectatives pour cette journée car je n’en savais pas vraiment plus qu’au départ sur l’association « Enfants du désert ». J’avais imaginé une réunion de présentation en chair et en os de tous les membres de l’association présents et des ambassadeurs choisis après que celles-ci aient eues lieues via un groupe Facebook créé avant le départ du raid.

Je regrette de ne pas m’être rendu à la rencontre des membres de l’association dans la tente installée sur le bivouac de Merzouga plus fréquemment car à chaque fois que je l’ai fait je n’ai pas pu développer de discussion avec les membres présents. Il faut dire également que notre journée ambassadeur a eue lieu la veille de l’étape marathon, donc du départ de Merzouga. Entre la recherche d’un emplacement, les révisions mécaniques, le plein d’essence à faire avec son jerrycan (et la file d’attente au camion citerne), l’installation de sa tente et le repas, il ne faut pas perdre de temps si vous souhaitez passer du temps sous la tente d’enfants du désert.

Je voyais cette journée comme la possibilité d’avoir des éclaircissement sur certains points, ce fut le cas mais ce fut également le motif de nouvelles interrogations.

J’ai été surpris par le déroulement de la journée, j’ai trouvé que le temps pour les activités était largement amputé, j’imaginais passer plus de temps avec les enfants. Nous avons découvert l’organisation de la journée au fur et à mesure. 

4LTrophy-Enfantsdudésert-Ambassadeurs-Ecole

Le repas par exemple a été pris uniquement entre adultes et principalement avec les autres ambassadeurs, cela m’a tout de même permis d’évoquer certaines gênes avec un membre de l’association.

J’ai trouvé dommage que nos interactions avec les enfants soient limitées aux ateliers proposés par les différents équipages (dans notre cas la confection de poupées voir l’article sur les réserves avant le départ).

Nous avons passé beaucoup de temps à écouter différentes interventions, des chants de bienvenue des enfants, des discours du personnel enseignant, etc. Malheureusement l’interaction était limité du fait de la barrière de la langue et de l’absence de traduction. Nous avons également était invité à des dégustations de produits locaux (dates, gâteaux, thé, lait de chamelle, etc.) mais sans les enfants.

Nous avons également pu prendre part en tant que spectateurs à une partie d’un “cours” de français dans une salle de classe.

Particulièrement sensible au contenu du cours pour avoir étudié le FLE, j’ai été déçu par la méthodologie mise en place. Cela m’a renvoyé à des questions sur la priorité à donner entre le financement d’une école et le contenu enseigné. Il me semble que la construction de salles de classes est tout à fait importante afin de pouvoir accueillir des élèves. J’aurais aimé avoir le temps d’en apprendre plus sur le système éducatif marocain, sur les contenus enseignés et la formation des enseignants. Pour connaître le point de vue des membres de l’association sur ce sujet par exemple.

La présence d’un jeune trisomique dans la salle de classe a également soulevé une autre interrogation. A propos de l’inclusion. J’étais heureux de constater qu’il n’était pas exclu du cours mais j’ai quelque peu déchanté lorsque le professeur s’est senti obligé de justifier sa présence en employant le terme mongolien et en regrettant l’absence d’institution spécialisée pour le recevoir. Je n’ai pu m’empêcher de ressentir une discrimination du professeur envers cet enfant. Les dernières conclusion des études dans le domaine de l’inclusion montrent qu’il est préférable de maintenir au maximum des possibilités les enfants en situation de handicap au sein de leur établissement d’origine lorsque le handicap n’est pas trop lourd. C’est ce qui se fait depuis de nombreuses années en Italie par exemple.

Le gouvernement du Maroc le recommande également,  cet article très complet et bien documenté aborde ce cas.

Enfin, j’aurais aimé en apprendre plus sur les Ksar, les méthodes de plantation et de stockage des vivres qui donnent lieu à des structures curieuses, par exemple.

4LTrophy-Enfantsdudésert-Ambassadeurs-Ksar

L’apport financier pour la construction des écoles

En 2017, il y a eu environ 1450 équipages inscrits soit 2900 participants.

Le total des dons récoltés par l’association Enfants du désert s’élève à 77 900 euros.

42 900€ de la part de l’ensemble des équipages à l’exception des youtubeurs Amixem et Superkonar qui ont fait un don de 35 000€ qui sera affecté à la construction d’une école particulière.

Cela donne 27,9 euros de don par participant pour le financement des écoles.

Je trouve le chiffre moins impressionnant lorsqu’il est rapporté au nombre de participants.

L’amélioration des conditions de scolarisation des enfants qui bénéficient de nouvelles structures est indéniable et l’association a même pu contribué à sauver des vies en finançant des opérations  mais cela me dérange qu’en acceptant l’argent des trophystes cela cautionne un événement qui a un impact non négligeable sur les régions traversées.

Alors que cet événement présente l’aspect solidaire comme prioritaire, comment expliquer que les dons à l’association soient moindres (moins de 30€ par personne) que le paiement de la balise GPS (75€ par véhicule) par exemple ou du prix d’entrée à la soirée de clôture (60€ tarif facturé aux invités, compris dans l’inscription pour les participants) !?

L’autosatisfaction de rigueur sur le raid me surprend et je suis étonné de n’avoir rien appris des enjeux éducatifs au Maroc ni des solutions envisagées à long terme pour le développement de la région aidée.

J’espère qu’avec le développement de l’association, celle-ci pourra diffuser plus de contenu sur ces sujets, en faire bénéficier les futurs ambassadeurs et que la part d’aide aux populations locales dans le 4L Trophy soit plus importante.

J’entends souvent comme réponses à ces critiques que l’apport fait grâce au 4L Trophy est déjà significatif et qu’il faut s’en satisfaire car il est totalement facultatif. Or, je ne crois pas que sans l’aspect humanitaire mis en avant par de nombreux participants et médias le raid puisse compter autant de participants, bénéficier d’une telle popularité et côte de sympathie.

Photo prise par l’équipage 4épingles

Retournez sur la page de mes impressions au retour du raid. Vous pouvez également aller consulter notre budget pour le 4L Trophy 2017, la page de nos soutiens et sponsors ou encore la page de notre matériel.