Respect de l’environnement au 4L Trophy

Comme vous pouvez le lire dans l’article mes réserves avant le départ j’étais sceptique sur plusieurs éléments mis en avant par l’organisation du raid 4L Trophy dont les mesures prises pour le respect de l’environnement tout au long du raid.

Un événement automobile pouvant difficilement être qualifié d’écologique je trouve néanmoins louable de souligner tout effort mis en oeuvre pour diminuer l’impact de l’événement sur le milieu quand rien de l’y oblige. Jusqu’à récemment l’organisation du raid payait un organisme pour compenser les émissions de CO2 de l’ensemble des participants. La compensation carbone a des inconvénients non négligeables mais elle a au moins le mérite de proposer une solution simple et peu contraignante quant aux dispositions à prendre pour le déroulement de l’événement. Cela peut avoir des répercussions sur beaucoup d’éléments comme la sensibilisation à la vitesse, au chargement de la voiture, à l’optimisation des trajets, etc.

De 2008 à 2015 le raid 4L Trophy avait également noué un partenariat avec l’entreprise Deloitte pour proposer un challenge éco-citoyen qui offrait plusieurs bourses aux équipages proposant des projets écoresponsables innovants. Ce partenariat a notamment permis l’installation de pompes à eau, de panneaux solaires, d’éoliennes ou encore d’un cinéma solaire.

Paysage-Maroc-4LTrophy-Environnement

Lors de l’édition 2017 les engagements éco-citoyens étaient contenus en trois points :

Bivouacs propres

Parce que nous sommes tous amoureux du désert et de ses paysages, notre engagement est de le préserver au maximum. C’est pourquoi, nous laissons comme nous les avons trouvés pistes et bivouacs.
C’est la moindre politesse vis à vis du Royaume du Maroc qui nous reçoit.

Et nous avons le plaisir de nous associer au groupe Pizzorno Environnement – Segedma. Ainsi un camion de collecte des déchets suivra la caravane de bivouac en bivouac. Des sacs biodégradables seront remis à chaque équipage au départ le matin, puis restitués au camion le soir.

Sacs biodégradables

Chaque équipage se verra remettre au départ de chaque étape un sac plastique biodégradable.

Cela signifie que non seulement l’intégralité des déchets des participants seront collectés mais qu’en plus, un éventuel sac égaré dans le désert se détruirait naturellement et rapidement sans aucun impact sur la nature.

Ces deux points traitent en fait de la même problématique, laisser le désert dans le même état que celui dans lequel nous l’avons trouvé. Comme je le raconte dans le récit de notre aventure jour après jour les sacs biodégradables n’étaient pas distribués tout au long du raid mais uniquement lors de nos départ du bivouac de Merzouga (soit 3 jours sur 10). Je trouve présomptueux d’affirmer qu’un sac biodégradable égaré dans le désert serait sans aucun impact sur la nature après avoir fait une rapide recherche et sans parler des dommages que cela peut causer à un animal ou de la pollution visuelle.

Une des pratiques positives du raid en faveur de la protection de l’environnement, bien spécifique du milieu aride qui est traversé est l’utilisation exclusive de piste déjà existantes. L’intérêt est de ne pas écraser des centaines de fois des organismes végétaux qui ont besoin parfois de plusieurs années pour pousser en dehors des zones déjà fréquentées par les véhicules. Malheureusement cette information n’est pas mise en avant dans le roadbook ou dans les briefings. Cela aurait pu éviter les initiatives de certains équipages qui, pour éviter les files d’attentes ou rejoindre la bonne piste ont traversé des zones de végétation. S’ensuivait alors un nombre important de voiture qui imitaient le mouvement.

La collecte des déchets par le groupe Pizzorno mériterait d’être améliorée, je ne crois pas qu’ils étaient présent sur les bivouac de Rabat et Boulaajoul où il n’y avait pas de containers pour récupérer les déchets et sur le bivouac de Merzouga ceux-ci étaient en nombre insuffisant et vite saturés.

Une déception également en ce qui concerne les mégots de cigarettes. Il est bien rappelé dans le roadbook de veiller à ne pas les jeter dans la nature mais cela n’empêche pas certains mauvais réflexes. L’argent économisé suite à l’arrêt de la compensation des émissions carbone pourrait être investit dans des cendriers jetables par exemple. Pibox et Kleen’up proposent des modèles personnalisables par exemple.

Enfin, en ce qui concerne le fait de laisser le bivouac comme nous l’avons trouvé, j’ai constaté une grande différence entre cette promesse affichée sur le site internet et la réalité des faits sur les bivouacs de Boulaajoul et Merzouga à cause du manque de moyens pour la récupération des déchets comme présenté au dessus mais aussi à cause du manque de sanitaires mis à disposition et de leur état.

Boulaajoul était le premier bivouac au Maroc regroupant l’ensemble des participants ayant pu traverser le détroit de Gibraltar. Plus de 3000 personnes étaient donc présentes. Un petit bloc sanitaire comprenant 5 ou 6 toilettes constituait la seule commodité sur place. Ce bloc a été fermé le soir et lors de notre départ le lendemain matin il n’avait pas ré-ouvert. Le bivouac étant grillagé avec des membres de la gendarmerie royale du Maroc répartie tout au long du périmètre il était également compliqué de s’éloigner pour s’isoler. J’imagine que le participant qui a laissé une magnifique crotte à l’entrée de ce bloc sanitaire n’a pas eu le luxe de pouvoir penser à une alternative avant d’offrir ce tableau à tous les autres participants qui passeraient par là en suivant.

Sur le bivouac de Merzouga il y avait une quinzaine de tentes contenant un bloc W-C avec une pompe manuelle. Des femmes marocaines venaient régulièrement vider le contenu des bacs dans une grande fosse creusée à proximité. C’était déjà trois fois plus qu’au bivouac précédent mais cela n’empêcha pas les longues files d’attentes d’autant que plusieurs des fermetures permettant de s’isoler dans les tentes ont cédées dès le premier jour. Du coup nous étions nombreux à s’éloigner du bivouac pour aller dans une dune environnante faire nos besoins. Même si l’on recouvre le tout de sable nous ne laissons qu’en apparence le désert comme nous l’avions trouvé.

Heureusement il y a le troisième point !

Green Roads Books

Afin d’éviter l’abattage inutile d’arbres, l’organisation a décidé d’imprimer la totalité des roads books sur du papier recyclé.

Imprimé en plus de 1300 exemplaires, ce petit livret est le premier poste de consommation en papier de l’épreuve.

La page de garde du roadbook 2017

Bon en fait ce troisième point n’est pas si fantastique que cela et je m’attendais à mieux sur la mise en application des premiers points mis en avant sur le site officiel ! Par contre la logistique mise en place pour les ateliers mécaniques n’est pas du tout présentée et c’est pourtant un point qui m’a agréablement surpris. Notre voiture ayant attendu la dernière étape, au milieu de l’épreuve marathon pour montrer des signes de faiblesses, nous n’avons pas eu à nous rendre au coin mécanique pour retaper Topolina. Nous nous y sommes tout de même rendus pour observer et tenir compagnie à nos camarades moins chanceux. De ce que j’ai pu observer, les déchets était bien récupérés notamment les liquides et je pense que c’est un des points les plus importants vu la nocivité de certains de ces produits pour l’environnement.

Il y a donc de l’espoir pour que ces bonnes pratiques se généralisent sur le 4L Trophy !